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Recherche. Les abysses sortent de l’ombre [Diapo]

Dernière mise à jour le mercredi 12 janvier 2011

Article paru sur le site "Le T"l"gramme" - Lundi 10 Janvier 2011
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Recherche. Les abysses sortent de l’ombre [Diapo]

Dans les abysses, Daniel Desbruyères a croisé de nombreux trésors. Et des bizarres. Ce chercheur, qui travaille depuis 35 ans à Ifremer, vient d’écrire un livre pédagogique sur les grands fonds, aux illustrations étonnantes. Un monde à couper le souffle.

Difficile de faire le tri dans les meilleurs souvenirs visuels. Pour Daniel Desbruyères, c’est peut-être en1985, à travers le hublot du submersible américainAlvin. « J’ai aperçu une sorte de prairie de méduses, sur des centaines de m², elles étaient attachées sur le fond et gigotaient ». Une plongée, c’est aussi toujours un moment d’excitation : « Chacune est extraordinaire, on ne sait pas ce qu’on va trouver. La probabilité de faire des découvertes est énorme et on est aussi tellement loin de ce qui se passe à la surface », résume le chercheur, qui a effectué une trentaine de campagnes en mer. Le terrain de jeu est énorme. Les océans représentent, en surface, les deux tiers de la planète. Et seuls 10% en sont aujourd’hui cartographiés. C’est dire ce qu’il reste à connaître sur cet univers sous-marin, en trois dimensions. Et qui peut descendre jusqu’à 11km de profondeur, même si la moyenne est d’environ 3.700m.Il y fait nuit et la température est basse. Mais il peut y avoir de la vie et une drôle de vie. À cet égard, la découverte d’une faune exubérante, en 1977, à 2.500m de profondeur, autour de sources hydrothermales, chaudes donc, de la dorsale des Galápagos, a constitué un choc. « La vie, qui était considérée comme extrêmement limitée en océan profond, dans un milieu quasi désertique, pouvait être riche, et même plus riche qu’en milieu côtier, dans certaines zones », explique Daniel Desbruyères, qui a été, à Ifremer, responsable du département en charge d’étudier les écosystèmes profonds.

Appétits croissants

Qui dit richesses, dit aussi appétits mais pas uniquement de connaissances. Après d’autres, la Chine se dote aujourd’hui de submersibles pour travailler dans les grands fonds. Pour sa part, l’industrie pétrolière a dépassé les 2.000m en exploitation. Des gènes nouveaux sont aussi déjà utilisés en biologie moléculaire et les minerais enfermés dans le sol font parler d’eux. « Il n’y a aucune raison de ne pas exploiter les grands fonds mais il ne faut pas faire n’importe quoi », juge Daniel Desbruyères. Souvent, ainsi, la mer a été utilisée pour faire disparaître des déchets encombrants. « Le plus inquiétant encore, c’est la pollution irréversible », observe le chercheur qui cite les charges en polluants organo-chlorés constatées chez des poissons abyssaux, comme le grenadier. En bout de chaîne alimentaire, de croissance lente et vivant normalement longtemps, quand elles ne sont pas pêchées, les espèces profondes font « éponge »... Daniel Desbruyères a aussi son avis sur les excès de certaines pêches et observe, notamment, que « le sabre noir est pêché à la ligne par les Portugais, ce qui donne une exploitation tenable. Avec la pêche au chalut, il disparaît ».

Campagne « Futuna 2010 »

Ce que recèlent les abysses ne laisse pas inerte l’échelon politique : à la suite du Grenelle de la mer, une campagne a eu lieu, cet été, au large de Wallis et Futuna, qui impliquait, notamment, Ifremer, Areva et Eramet, sur un secteur qui pourrait être intéressant par rapport à la formation de métaux de base (cuivre, zinc, or...). La France a aussi la chance d’être bien dotée enZEE (zone économique exclusive) : 11millions de km², dont 80% de grands fonds. « Les trésors des abysses ». ÉditionsQuæ. 183 pages. 22 EUR. DanielDesbruyères sera à la librairie Dialogues, à Brest, mercredi, à 18h.

Vincent Durupt



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