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Un si long voyage

Dernière mise à jour le mercredi 9 novembre 2011

Article paru sur le site "Sud-Ouest" - Mardi 1er Novembre 2011
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Un si long voyage

L’oiseau vient des mers du Sud.

« Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. » C’est l’oiseau du poète, le roi des airs, le prince des océans. D’une envergure de 2,50 m, d’un poids de 5 kilos, il n’a qu’un défaut pour les ornithologues et les Baudelaire européens : il vit dans l’hémisphère Sud, aux confins des immensités glacées de l’Antarctique.

On imagine donc sans peine l’émotion de Fabien Mercier, permanent rochelais de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), quand il aperçut au large de l’île de Ré le bel oiseau marin dans ses jumelles. Il s’agissait d’un albatros à sourcils noirs adulte avec un plumage blanc et des ailes noires, qui vit habituellement dans les archipels de Crozet, Kerguelen ou en Géorgie du Sud.

Embarqués sur un navire de recherches de l’Ifremer (1), l’Agence des aires marines protégées et le CRMM (2) lui avaient confié une mission d’observation des oiseaux et des mammifères marins, tandis que le reste de l’équipage s’intéressait aux populations de poissons. Fabien Mercier a observé l’albatros le 20 octobre à plus de 150 kilomètres au large de Ré.

Selon la LPO, c’est la dixième observation en un siècle d’un oiseau de cette espèce en France métropolitaine.

Ce « prince des nuées »

« C’est effectivement un événement exceptionnel. Je n’ai entendu parler pour ma part que de deux cas : un spécimen qui a fréquenté les îles anglaises et un autre signalé en Méditerranée », confirme Christophe Barbraud, spécialiste de l’avifaune des mers du Sud au CNRS (3) de Chizé. « Il s’agit vraisemblablement d’un oiseau erratique égaré. Difficile à dire pourquoi et comment il est arrivé là. Les albatros sont capables de voler très longtemps pourvu qu’ils aient du vent. Je vois mal comment il a pu passer l’Équateur, où c’est généralement le calme plat. J’ignore aussi comment il peut se nourrir. C’est un peu un charognard. Il ne plonge pas. Dans les mers du Sud, il mange des restes de calamars, des cadavres de manchots ou de cétacés. Ce qui est très difficile à trouver sous nos latitudes. » L’oiseau observé par Fabien Mercier a dû parcourir quelque 20 000 kilomètres pour se retrouver si près de nos côtes.

Menacé par la pêche industrielle dans tous les océans de l’hémisphère Sud, l’albatros à sourcils noirs fait partie de la liste rouge des espèces considérées comme en danger par l’Union internationale de conservation de la nature.

Il paie un lourd tribut aux palangres, ces lignes de pêche garnies de multiples hameçons.

Finalement, malgré son imagination féconde, Charles Baudelaire n’avait rien inventé en 1857 (4) : l’albatros n’a jamais eu de chance avec les pêcheurs. Ce « prince des nuées qui hante la tempête et se rit de l’archer » aiguise nos imaginations depuis que le poète maudit nous a décrit sa splendeur en vol, sa maladresse au sol.

Pour Fabien Mercier, l’oiseau n’est plus seulement un rêve.

(1) Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer.
(2) Centre de recherches sur les mammifères marins.
(3) Centre national de la recherche scientifique.
(4) « L’Albatros », poème de Charles Baudelaire dans « Les Fleurs du mal ».



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