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Une micro-algue redoutable

Dernière mise à jour le mercredi 24 mars 2010

Sud-Ouest.com - Mardi 23 Mars 2010



Une micro-algue redoutable

1 Qu’est-ce que la phyco-toxine amnésiante ?

« C’est une micro-algue qui est régulièrement présente sur le littoral français », en période printanière, explique Mireille Ryckaert, chercheuse au Laboratoire environnement ressource des pertuis charentais de l’Ifremer, à L’Houmeau. Cette diatomée appartient au genre pseudo nitzschia, qui regroupe plusieurs espèces. Toutes ne sont pas toxiques. Mais les examens chimiques réalisés la semaine dernière par la station Ifremer de Concarneau, à partir de prélèvements d’eau puis de coquillages effectués en Charente-Maritime et en Vendée, ont avéré qu’il s’agissait d’une variété toxique.

C’est à la suite de l’un des contrôles de surveillance de la qualité des eaux du réseau Rephy d’Ifremer que la forte concentration en ASP (amnesic shellfish poisoning) a été détectée. Elle a conduit à la fermeture du ramassage et de la vente.

D’ordinaire, deux contrôles mensuels sont réalisés. Lundi dernier, la concentration dans l’eau prélevée dépassait le seuil d’alerte de 100 000 cellules par litre, en l’occurrence 400 000 à 500 000 cellules. Ce qui a déclenché des analyses complémentaires de la chair des mollusques. Elles ont confirmé la présence d’ASP, à une concentration qui atteignait le million de cellules en fin de semaine.

Des examens approfondis au microscope électronique doivent dire, cette semaine, à quelle espèce du genre pseudo nitzschia sont exposées les productions, ostréicoles notamment.

2 Quels dangers pour la santé humaine ?

Les premiers cas d’intoxication amnésiantes se sont déclarés fin 1987, lorsque de graves empoisonnements alimentaires alarmèrent la population canadienne. 145 personnes ayant consommé des moules dans l’estuaire de l’île du Prince Édouard, présentèrent des troubles digestifs, neurologiques et, surtout, une perte de mémoire. Parmi ces victimes, « quatre sont mortes, et d’autres ont eu des séquelles neurologiques permanentes », poursuit Mireille Ryckaert. Le protocole de surveillance de Rephy avait identifié de longue date, en France, ce phytoplancton qui est surveillé avec plus d’acuité depuis dix ans.

Les premiers symptômes gastro-intestinaux (vomissements, diarrhées, nausées, etc.) surviennent dans un délai de 2 à 24 heures après la consommation de coquillages contaminés. Entre 24 et 48 heures, ce sont des symptômes neurologiques qui sont observés (maux de tête persistants, désorientation et confusion). Dans les cas les plus graves, il apparaît une perte de mémoire, des dommages cérébraux, parfois des convulsions et un coma pouvant conduire à la mort. Ce type d’intoxication atteint surtout les enfants et les personnes âgées.

3 Y a-t-il un lien avec la tempête Xynthia ?

Les scientifiques n’émettent que des suppositions, éclairées des résultats des prélèvements réalisés dans d’autres centres de production de la façade littorale. Un premier « bloum » phytoplanctonique (NDLR, un développement massif et accéléré) avait été observé à la mi-mars au large des Sables-d’Olonne. Au nord de cette zone, comme à Arcachon et en Méditerranée, la concentration en pseudo nitzschia est en dessous des seuils normaux. Mireille Ryckaert a « envie de faire la corrélation avec la tempête », mais n’est pas affirmative. Ce que savent les chercheurs, c’est que le gros temps a pu brasser les phosphates qui ont une tendance naturelle à se concentrer dans les sédiments, donc la vase. Ils déclarent aussi que les phosphates, comme les nitrates, favorisent le développement des algues, qui répond au processus de photosynthèse. Le lessivage des sols, notamment de 40 000 hectares de terres agricoles, a aussi pu ramener dans le milieu marin des éléments favorables au développement de ces micro-algues. Ce ne sont que des hypothèses. Les affirmations scientifiques viendront plus tard.

4 Quand va disparaître l’ASP ?

« Une poussée de phytoplancton est instantanée, poursuit Mireille Ryckaert. Quelques jours suffisent. La disparition du "bloum" peut être aussi rapide. Mais nous n’avons pas d’éléments précis. Ce que nous savons, c’est qu’une autre micro-algue (skeletonema), favorable à la croissance de l’huître, peut être présente dans le milieu pendant près d’un mois et demi. »

P. B.



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